Un dessin coloré qui fait appel à toutes les sensibilités musicales que l’on peut découvrir le 21 juin. L’illustration de Maguelone du Fou a été retenue pour célébrer cette nouvelle édition de la Fête de la musique. Avec ses nuances de bleu et de jaune qui représentent le jour et la nuit, ce visuel fait appel à la fois aux souvenirs de jeunesse de l’illustratrice et à ses propres inspirations artistiques. Entretien.
Quel est votre parcours ?
Maguelone du Fou : J’aimais dessiner et peindre mais je ne savais encore quelle direction donner à cette passion. J’ai fait les Ateliers de Sèvres, une classe préparatoire aux écoles d'art et j’ai ensuite intégré l'école Estienne des métiers du livre. Comme j'aime beaucoup raconter des histoires, c’est là qu’est venue ma vocation d’illustratrice. À ma sortie d'école, je suis partie un an en coopération internationale à Madagascar pour changer d'air et voyager un peu. Ça a été une expérience très forte pour moi, dans un endroit vraiment différent de ce que je connaissais jusqu’à présent, qui m’a apporté une nouvelle culture, de nouvelles couleurs et a vraiment nourri mon dessin.
Puis je suis revenue à Paris où j’ai intégré une agence de communication pendant quelques années avant de me lancer en indépendante. J’ai écrit deux albums jeunesses que j'ai illustrés et aujourd’hui, je travaille aussi bien pour des marques que pour la presse et je fais aussi des peintures pour des particuliers ou des galeries.
Comment avez-vous travaillé sur cette affiche pour la Fête de la musique ?
M. d. F : La Fête de la musique est un moment très pluriel donc j'ai essayé d'imaginer plusieurs situations et de transformer la rue en scène à ciel ouvert avec différents talents anonymes, des musiciens de toutes les sensibilités qui peuvent s’exprimer. J’avais envie d'être inclusive, que l’on puisse s'arrêter dans l'image et regarder chaque personnage pour qu'il raconte une histoire différente et que finalement, tous ceux qui participent à la Fête de la musique puissent se reconnaître dans l'un d’entre eux.
Quand je travaille en illustration, je commence toujours par composer des personnages au crayon pour donner un peu de mouvement et marquer les contours. Cela me permet ensuite, quand je passe à l'encre, de me concentrer intégralement sur la couleur, qui est le plus important et le plus amusant à faire pour moi. Je commence toujours par les teintes les plus claires avant de monter petit à petit jusqu’à obtenir l’intensité idéale.
Quel travail avez-vous mené sur les couleurs et la typographie ?
M. d. F : J'aime beaucoup travailler sur la nuit donc le bleu m'accompagne depuis quelques années. Je voulais mettre en lumière les différentes scènes proposées dans l'image avec un contraste fort entre la nuit et les halos de lumière qui dessinent un chemin et invitent à la promenade. J'aime beaucoup le concept jaune/bleu, nuit/jour, lumière/ombre : la Fête de la musique est souvent une fête qui commence le jour et se termine tard dans la nuit, donc il fallait que ce soit présent dans l'image.
Pour la typographie, j’ai repris celle de l'identité visuelle mais j'avais envie qu'elle soit un peu plus vivante. Je l’ai donc redessinée à la main, au crayon, pour lui donner des contours un petit peu mouvants afin qu’elle s'intègre dans l'illustration. Je l’ai placée au centre avec des personnages qui passent parfois devant, parfois derrière, pour qu'elle fasse vraiment partie de la composition.
Pour imaginer votre illustration, vous vous êtes beaucoup inspirée de dessins et photos sur la nuit, la musique ou la danse. Quelles ont-été ces inspirations ?
M. d. F : Il y a Van Gogh évidemment, que j'aime beaucoup depuis toute petite puisque j'ai grandi en Provence, avec ses contrastes jaune et bleu, sa vision de la nuit et ses reflets de la lumière. Je m'inspire beaucoup de photos qui explorent la lumière pendant la nuit, une lumière choisie qui révèle certaines choses et en cache d'autres comme une fenêtre éclairée sur une façade par exemple. J’aime aussi le travail de Sempé et la tendresse qu'il y a dans toutes ses scènes. J’évoque aussi le tableau « Carnation, Lily, Lily, Rose » de John Singer Sargent et son très beau travail sur l'ordinaire avec ces deux enfants avec un lampion. La lumière y est joliment traitée avec ce très beau reflet qui représente cette heure où le soir tombe mais où il y a encore un peu de lumière. Enfin j'ai mis bien sûr le tableau « Icare » de Matisse, d’un très beau bleu que j'aime beaucoup.
Pour la musique, je me suis inspirée du tableau « Le piano » de Nicolas de Staël, un peintre que j'aime beaucoup car il travaille la couleur de manière pure, sans forcément qu'il y ait de contours ou de formes. Enfin pour la danse, j’admire le travail de Loïe Fuller, pionnière de la danse moderne avec une puissance créatrice forte et qui fait un très beau travail sur la lumière.
D’un point de vue personnel, que représente pour vous la Fête de la musique et quel est votre sentiment à l'idée de réaliser cette illustration ?
M. d. F : La Fête de la musique est un événement que tout le monde aime et auquel j'ai souvent participé. Elle représente pour moi les premiers souvenirs de sorties d’adolescente et la découverte de la rue en liesse. Je viens d'une famille de musiciens, je suis moi-même musicienne, donc la musique a toujours fait partie de ma vie et de mes inspirations. Cet événement m’a permis de découvrir beaucoup de styles musicaux différents et a donc pour moi un rapport avec la liberté d'expression, l'inclusivité et la diversité.
C’est donc une fête mythique et je suis très heureuse et honorée d'avoir pu créer cette affiche, d'avoir été choisie pour entrer dans l'imaginaire collectif et donner vie cette année à cet événement très populaire qui rassemble beaucoup de Français.
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